HCSHR 9:2: Pascal Pozzo di Borgo, Le tulipier me salue.

 Pascal Pozzo di Borgo, Le tulipier me salue. Collection Solstice, Association Francophone de Haïku, 2026. 56 pages. 979-10-93318-27-1. 12 $. association-francophone-de-haiku.com/boutique/


recension par Maxianne Berger


Au cours des dernières années, Pascal Pozzo di Borgo, poète français, s’est mérité deux fois une mention honorable à notre Prix Jocelyne-Villeneuve. La collection Solstice de l’Association francophone de haïku est aussi un honneur de concours car deux manuscrits sont choisis par an, comme le dit le nom de la collection, un à chaque solstice. Dans sa préface, Diane Desôteaux nous dit: «Or, au-delà de la justesse du propos, on trouve chez Pascal cette finesse d’esprit, ce trait d’humour au détour d’un vers qui nous surprend et nous fait sourire.» Moi aussi, j’étais séduite par ces mêmes qualités.


Ce merveilleux recueil m’ouvre les yeux à chaque page, avec les touches si légères dans chaque poème.


fin de l’été / il est grand temps de le dire / au soleil

(p. 30)


Il y a, cependant, un autre aspect, plus sérieux: à cause du changement climatique il fait trop chaud trop longtemps. Le sérieux se cache bien dans l’humour.


Il n’y a que légèreté, cependant, dans le haïku suivant.


pluie à Pâques / chacun reçoit sa dose / d’eau bénite

(p. 16)


Aussi dans celui-ci


pudiques / les arbres nus s’entourent / de nuit

(p. 42)


On prêche souvent que les métaphores sont interdites dans les haïkus. Or, dans ces deux poèmes, l’image est si amusante et méritoire d’un clin d’œil qu’on se demande comment on pourrait le dire autrement. 


Il n’est pas surprenant que le poète ait choisi un poème de Kobayashi Issa comme épigraphe.**


un coquelicot à la main

je traverse

la foule


Une appréciation semblable pour l’humour et pour la légèreté du karumi () on la retrouve souvent chez Pozzo di Borgo – par exemple, dans cette rencontre entre la nature et l’humanité :


eurovision / comment puis-je voter / pour ce merle chanteur ?

(p. 18)


Le poème titre est un exemple de ce que je sens partout dans ce recueil.


le tulipier me salue / je laisse ma peine / au vent d’automne

(p. 38)


Pour moi, c’est un des grands bienfaits d’être haïjin: la découverte de moments de grâce dans les petits gestes du quotidien. Le tulipier me salue les offrent à cœur ouvert à qui veut en être séduit/e.


Maxianne Berger
août 2026


** Cependant, quant à l’épigraphe, j’ai un petit reproche: il s’agit d’une traduction depuis le japonais:


けし提て群集の中を通りけり
keshi sagete gunshū no naka wo tōri keri


Le droit moral du traducteur devrait bien être respecté. J’ai pu trouver la source assez facilement avec Google: Haïku : Anthologie du poème court japonais; édité par Corinne Atlan; traduit par Zéno Bianu (Éditions Gallimard, 2002). Pourquoi l’AFH en tant qu’éditeur n’a pas fait l’effort?


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