HCSHR 4:10 —Monique Lévesque, Au gré du fleuve : Haïga

HCSHR 4:10—Monique Lévesque, Au gré du fleuve: Haïga. Sept-Îles, Québec : Maison d’éditions Rubis, 2021. ISBN 9-782981-729491. 82 pages. 13,95$ Éditions rubis.

recension par Claude Rodrigue

En mars dernier, Monique Lévesque a publié, à la Maison d’éditions Rubis de Sept-Îles, un recueil de haïkus fort différent: des haïgas. À ce jour, Ion Codrescu, maître du genre, est le plus connu des poètes haïkistes francophones et anglophones du monde.

Lévesque n’en est pas à ses premières armes avec le haïku. Outre le haïku, elle a publié des haïshas. Le haïga jumelle trois arts : haïku, dessin et calligraphie. Pour l’autrice, il marque une nouvelle direction dans son évolution poétique et artistique. Du même coup, elle ouvre une nouvelle voie au Québec.

Le titre Au gré du fleuve est l’indicateur de la thématique exploitée qui a pour racines les 53 années de l’autrice passées au bord du fleuve Saint-Laurent. Vous contemplerez en «mai à la marina / les mâts des voiliers [qui] lézardent / le firmament» (p. 18) de Baie-Comeau. Vous trouverez des questionnements d’enfants, d’adultes qui se recueillent au «cimetière de Sheldrake / les noms des pierres tombales / face au fleuve» (p. 35). D’autres font sourire, parlent de la présence de mammifères marins qui dans «un arc jaillit / au-dessus de l’onde / une baleine bleue» (p. 63) ou de l’érosion des berges.

Au gré du fleuve s’adresse à deux grandes catégories de lecteurs. La première : les personnes qui connaissent les lieux, qui les habitent ou qui les ont fréquentés plus d’une fois. La deuxième : celles pour qui les lieux sont inconnus comme la majorité des lecteurs de haïkus.

Lévesque offre 70 haïgas. Chaque page révèle un haïku dont le graphisme évoque les vagues. La disposition du texte et du dessin à l’encre de Chine ne sont jamais les mêmes. Cela augmente la précision du positionnement, les détails et la concentration du lecteur durant sa lecture. Le regard doit englober la page dans son entièreté, c’est-à-dire que le blanc lie les mots et le dessin.

 

Les haïkus de Lévesque, quoique universels, sont très régionaux. Une personne qui connaît Baie-Comeau et la région, comme moi, reproduit instantanément la géographie des lieux décrits par les haïkus comme celui de la page 29, en plus de la «petite histoire», au «belvédère St-Pancrace / tout en bas dans la baie / des mini-goélettes».

Si nous déconstruisons la mise en page de ce poème, au coin supérieur gauche, nous retrouvons le haïku. Nous sommes sur la falaise face au fleuve. À l’opposé, en bas, à droite, le dessin de cinq petits bateaux très stylisés et une traînée noirâtre représente l’eau. Entre les deux, le blanc laisse place à l’imagination. En tant que Nord-Côtiers, nous visualisons le site en bordure de la Route 138, comme si c’était une photographie. Il faut se rappeler que Monique Lévesque pratique la photo depuis une vingtaine années, d’où une influence probable sur la mise en page.

 Pour les autres, l’imagination créera, selon les expériences, un décor très personnel. Pour le futur lecteur, il n’est pas nécessaire de connaître les lieux évoqués pour apprécier l’ensemble d’Au gré du fleuve de Monique Lévesque.

 Ce livre est une belle réussite : sa beauté permet de se ressourcer et le haïga suscite le voyage intérieur...

                                                                                                                                    Claude Rodrigue
                                                                                                                                                avril 2021

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