HCSHR 2:5: Janick Belleau, pour l’Amour de l’Autre, Tankas & haïkus


Janick Belleau, pour l’Amour de l’Autre, Tankas & haïkus, Illustrations, Aurélia Colombet, Éditions Pippa, Paris, 2019. ISBN : 978-2-37679-020-4. 70 pages. 11,5 x 18 cm. 15 €. commandes : Pippa.

Les poèmes les plus intimes de Janick Belleau à ce jour où l’on peut entrevoir quelques lueurs de son destin révélé.
Tout est écrit d’une façon voilée presque comme un conte :
Le premier chapitre a un titre énigmatique: CINQ SENS + UN
Je regardais le hockey (avec mon père), l’odeur de l’amidon (des chemises de mon père), le goût des pâtes (quand mon père n’est plus), écouter des chansons, mettre de la crème sur les mains (l’appel de ma mère)
+ UN ?
Je ne bois pas de bière
 je mange des moules et des frites
 sous un ciel clément
 dire que j’aurais pu naître
 dans le pays de Tintin
L’auteure aurait-elle pu naître dans le Plat pays,
‘Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet.’?
Le premier personnage qui apparaît est le père. Le temps d’une vie familiale en trois tankas. Le temps de grandir, d’aimer, de se perdre, de se souvenir. Et une ombre maternelle se dessine dans la brume d’un soir d’automne :
cette inconnue ma mère.
Le genre d’aveu qu’on tarde à écrire. Dans l’urgence d’atteindre les vérités de ces jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci selon Rilke.
Le deuxième chapitre évoque l’amour du couple. Toujours avec une façon de le dire sans le dire. Avec les poèmes sans mots. La voix sensuelle de l’auteure, un chant proche et aimé.
Un lit douillet
du feu dans la cheminée
malgré le calmant
je ne m’endors pas
‘sur la tendresse de Dieu.
L’amour veille et prolonge ses pensées.
Cependant, le rêve du départ est déjà là.
Tant de voyages dans les régions françaises, de la Bretagne de ses origines jusqu’à Arles, Avignon, Marseille, tant de capitales et villes européennes : Londres, Coblence, Paris, Moscou, Vienne, Rome, Rhodes… tant de pays au loin : Japon, Costa Rica, Islande, Turquie, Martinique Chine, Grèce…
porte de San Juan–
tournant le dos au banian
ainsi qu’aux touristes
il contemple le vieux mur
le chat tricolore
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses... nous avertit le même Rilke. L’auteure dépeint quelques-unes de ces multiples rencontres :
Coucher du soleil
le Louisianais chante
le désarroi
sur le bord de la route
une fillette innue.
La sagesse qui vient au soir donne un ton un peu particulier au recueil. Plusieurs
poèmes sont empreints de commisération. Les voyages nous révèlent les autres humains, coutumes, cultures, religions :
Ryôzen Kannon géante
au pied de la montagne
parc à voitures –
dans la nuit profonde
j’écris « COMPASSION »
pour l’Amour de l’Autre, pour l’amour des autres, pour l’amour de ce qui est
autre chez les semblables de notre planète.

recension par Micheline Beaudry

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